15.05.2012
La saison des tapis rouges
J'ai une grande nouvelle à vous annoncer, mes canards, un scoop énorme : la grande saison des tapis rouges a commencé. Tapis rouge aujourd'hui à l'Elysée avec la passation de pouvoir entre François H. et Nicolas S. (quelle comédie, cette cérémonie, tout ce foin pour deux types qui se serrent la main, se disent bonjour puis au revoir). Tapis rouge demain à Cannes avec le festival de Cannes (starlettes et petits fours), tapis rouge fin mai porte d'Auteuil avec Roland-Garros (hôtesses et petits fours), la fameuse terre battue rouge, tapis rouge fin mai avec le Grand Prix de Monaco de Formule 1 (hôtesses et petits fours). Je ne parle pas de l'Euro 2012 de football, qui lui va se jouer sur tapis vert, en Pologne et en Ukraine, et il y a plus glamour que Gdansk (chantiers navals) ou Donetsk (ville minière, où la France jouera ses premiers matchs).
La saison des tapis rouges a lieu chaque année, au mois de mai, de la mi-mai à la mi-juin. Elle a commencé cette année avec la passation de pouvoir à l'Elysée, alors qu'elle commence d'habitude avec la cérémonie d'ouverture du festival de Cannes. Elle a commencé avec l'arrivée à l'Elysée de François Hollande, alors que c'est, paradoxalement, une saison bling-bling, et donc antihollandienne. Mais Hollande ou pas Hollande, Sarkozy ou pas Sarkozy, elle a lieu chaque année, car le festival de Cannes, le GP de Monaco, et Roland-Garros, ont lieu chaque année. Et ce quel que soit le président de la République. Sauf si, évidemment, les communistes accédaient au pouvoir, et interdisaient tout cet étalage de luxe assez gerbant, il faut bien le dire, même si les cocos, et Jean-Luc Mélenchon au premier chef, ne sont pas contre leur petit confort non plus.
Voilà, mes canards, je m'en vais vous souhaiter, non pas une bonne année (c'est trop tard), mais une bonne saison des tapis rouges, que vous pourrez suivre en direct à la télé, que ce soit la montée des marches à Cannes, le GP de Monaco sur TF1, ou les matches de Roland-Garros sur France 2 et 3 (et même sur France 4 le matin).
Ah, une dernière chose : je viens de voir Jack Lang serrer la main de Hollande après son hommage à Jules Ferry. J'ai bien envie de lui décerner, à Jack, la Palme d'or du cirage de pompes. C'est de saison.
17:00 Publié dans Cinécinéma, Place Vendôme, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : tapis rouge, festival de cannes, roland-garros, passation de pouvoir
06.05.2012
Hollande, à la sauce Bayrou
En janvier Télérama avait demandé à sept écrivains de croquer sept candidats à la présidentielle. C'est l'écrivain Gérard Mordillat qui s'y était collé pour Bayrou (c'est lui qui lui avait tiré le portrait, si vous préférez). Voici ce qu'il écrivait en conclusion (du portrait) :
"A force de l'entraîner tantôt à droite, tantôt à gauche, l'âme reptilienne du candidat Bayrou ne l'amène-t-elle pas à s'emmêler les anneaux ? Ne risque-t-il pas d'être livré pieds et poings liés à Césarkozy comme Cléopâtre fut livrée à Jules César ou servi à la sauce hollandaise sur la table du Président Normal ?
Va savoir..."
Eh bien aujourd'hui, on sait. Il a été servi à la sauce hollandaise, ou plutôt béarnaise (Bayrou est béarnais), sur la table du Président normal. La trouvera-t-il à son goût, Hollande, la sauce béarnaise ? Il n'y touchera même pas, il préfère les plats sans sauce, depuis qu'il suit un régime.
10:31 Publié dans Cinécinéma, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : françois bayrou, françois hollande, gérard mordillat, yves montand, garçon!
27.03.2012
Vive le Sénégal !
Le président Abdoulaye Wade (bientôt 86 ans) qui reconnaît sa défaite dès le dimanche soir, avant même la proclamation définitive des résultats, avant même l'annonce officielle des résultats, qui dès le dimanche soir félicite son adversaire Macky Sall pour sa victoire, qui dès le dimanche soir appelle son adversaire pour le féliciter, alors je me pose la question : le Sénégal serait-il plus démocratique que la Côte d'Ivoire, et que les autres pays africains, tous les autres pays africains, le peuple sénégalais serait-il plus démocratique que le peuple ivoirien, les Sénégalais plus démocrates que les Ivoiriens, et donc la question : le Sénégal ne serait-il pas le pays d'Afrique le plus démocratique, la seule vraie démocratie en Afrique ?
En tout cas, Abdoulaye Wade plus démocrate que Laurent Gbagbo, plus démocrate que Vladimir Poutine, que Fidel Castro (n'en déplaise à Jean-Luc Mélenchon), et j'en passe et des meilleurs, alors même si je ne connais rien à l'Afrique, même si je n'ai jamais mis les pieds au Sénégal, je le proclame haut et fort : vive la République, et vive le Sénégal !
11:43 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : abdoulaye wade, sénégal, démocratie, élection présidentielle
03.03.2012
Eric Laurrent : à la recherche du Proust perdu
Ils posent à côté de leur décapotable. Volant à droite. No capote. Lui polo rouge, oeil bleu, bermuda, gros ventre. Elle chemisier vert sur robe rouge, tête d'Anglaise. Plaque arrière, SVY 6N. Elle sourit, lui aussi. Station balnéaire. Cabourg, Deauville, Carnac. En tout cas il y a la mer, et les mouettes dans le ciel. La bagnole est jaune, une Triumph. Feux AR rectangulaires. Deux pots d'échappement. Un autocollant GB au cul. Sièges en gros cuir, tableau de bord en bois. Deux cadavres dans le coffre. Un revolver dans la boîte à gants. Ils fixent l'objectif. Grand sourire. Voiliers en arrière-plan. Deux Anglais en vacances chez nous.
Pigalle. Un bar. Un bar enfumé, comme la plupart des bars. Un comptoir, avec des types accoudés au comptoir. A l'étage, un type en costume-cravate. Un type en costume-cravate, derrière un bureau. Sûrement le patron du bar, ou le gérant. Il y avait un pistolet dans le tiroir du bureau, un pistolet chargé, avec des balles dans le chargeur. En bas, un air de jazz, un vieux disque, et la fumée des cigarettes. Les tables vides. Les tables vides, sauf une, où un homme au chômage à moitié saoul se disait qu'il aurait mieux valu, qu'à bien y réfléchir, il aurait mieux valu épouser une avocate ou Marie Drucker, plutôt que cette caissière moche et fauchée qui lui servait de femme depuis quarante ans, et une autre, une autre table, où une prof de français, dans une robe de cuir noir zippée sur les épaules, corrigeait des copies en se rongeant un ongle. Elle cherchait un mari. Elle ne voulait pas vivre seule, elle ne voulait plus vivre seule. Elle préférait vivre à deux, tant la vie est plus drôle à deux. Un mari pour ça, pour ne plus être seule, pour ne pas se tuer à force d'être seule. Un mari pour se marier. Après le mariage ils trouveraient un terrain où bâtir une maison de trois pièces dont une chambre à l'étage où ils pourraient fabriquer un enfant qui pousserait comme une plante et ferait à son tour un enfant qui se donnerait la mort le jour où il apprendrait que sa fiancée est partie sans prévenir avec un surfeur blond au torse musclé et au portefeuille bien garni. L'hiver ils feraient des feux dans la cheminée et des gâteaux dans la cuisine. A Noël ils achèteraient un sapin et des cadeaux. A Pâques, ils cacheraient des oeufs dans le jardin. En mai ils feraient le pont, et en juillet le tour de France en camping-car. A soixante-quinze ans ils mourraient d'ennui en regardant Michel Drucker un dimanche après-midi, et en regrettant de n'avoir jamais essayé l'échangisme.
Marcel Proust existe, je l'ai rencontré sous la plume d'Eric Laurrent. Laurrent avec deux r. Extrait de son roman, Dehors, paru en 2000, aux éditions de Minuit :
Mais c'est que, nous le savons bien, le désir est un lieu de suspension volontaire du jugement sur autrui, sa tâche première en effet résidant moins dans la recherche de dénominateurs communs, susceptibles de le nourrir, que dans l'évacuation, à l'inverse, de tout ce qui pourrait le contrarier, autrement dit de tout ce qui fait de la personne que nous convoitons un objet autre que purement sexuel, un sujet précisément, une somme de dispositions singulières à sentir, réagir et penser, attendu que considérer ces dernières serait prendre le risque qu'elles s'opposassent aux nôtres, faisant par là cohabiter en nous deux mouvements conflictuels : une séduction physique et un rejet moral - et le désir ne déteste rien tant que sa dénégation par l'entendement : si celle-ci ne le tue pas, du moins le dévalue-t-elle et, partant, minore-t-elle sa satisfaction. Désirer quelqu'un, c'est donc nécessairement et exclusivement le circonscrire à sa désirabilité - désirer, c'est réduire.
(photo)
08:00 Publié dans Extrait, Fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : meurtre, michel drucker, éric laurrent, marcel proust
















