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16/02/2011

Boulevard Suchet

couple,argent,série noire

Je n'ai pas le courage de te quitter. J'ai peur que tu fasses une bêtise. Je tiens à toi.

- Tu parles. Tout ce qui t'intéresse, c'est l'argent de mon père dont je dois hériter à sa mort, tu lorgnes sur son immense fortune personnelle, qu'il a mis une vie entière à bâtir. Tu voudrais qu'elle te revienne de droit, sans avoir à lever le petit doigt, comme si tu étais son fils légitime, son principal héritier. Tu voudrais ramasser le pactole, la mise. Tu t'es dit qu'en épousant sa fille tu toucherais ta part du gâteau. Or mon père ne t'aime pas. Il ne peut pas te sacquer. Il a sans doute deviné quel affreux jojo tu es. Si je t'épousais, il me renierait, je ne serais plus sa fille. Ca m'est égal. Pour toi je suis prête à renoncer à mon argent, par amour pour toi je suis prête à devenir pauvre.

- Je t'aime, mais je te préfère riche que pauvre.

- Tu es né dans une famille pauvre de Lens, tu es obsédé par l'argent dont tu as toujours manqué. Vous ne partiez jamais en vacances, la première fois que tu as vu la mer, tu avais trente-deux ans. Et tu as découvert la montagne l'année dernière, à Courchevel, où mon père possède un magnifique chalet en bois de 650 m2 dont tu me parles encore avec des trémolos dans la voix...

- Oui, il y a trois salles de bain.

- Tu n'es qu'un pauvre idiot, qui croit que l'argent fait le bonheur. Or les gens qui ont de l'argent ne sont pas plus heureux. Sinon les stars ne se suicideraient pas. Or Dalida s'est tirée une balle dans la tête.

- Elle a avalé des barbituriques.

- Oui, mais le résultat est le même.

Tu m'aimes pour mon argent, et alors, il faut bien que tu m'aimes pour quelque chose. Tu pourrais m'aimer pour mon cul, ou mon QI. Hélas, je ne suis ni Brigitte Lahaie, ni Simone de Beauvoir. Le pire serait qu'en plus d'être moche et conne, je sois pauvre. Ce serait le pompon. Tout le monde n'a pas la chance d'avoir un père milliardaire. Mon cul n'est peut-être pas fantastique, mais il a une grande valeur. Mon cul est un petit bijou. Il est coté en Bourse comme une action. Tu as investi sur lui comme on investit dans la pierre. Pour toi c'est un placement à long terme. Tu joues avec mon cul comme on joue à la roulette. Pour toi mon cul n'est rien de plus qu'une machine à sous.

- Je reconnais que les apparences sont contre moi, que mes origines sociales ne jouent pas en ma faveur. Pourtant, je te jure que ton argent ne m'intéresse pas. La preuve, je te quitte. Je te quitte toi et tes millions. Des filles riches, il y en a d'autres. Tu n'es pas la seule riche héritière sur cette terre. J'en trouverai bien une autre, plus riche que toi.

- Méfie-toi, toutes ces filles riches ne t'accorderont pas une minute de leur temps précieux, elles t'ignoreront, et si tu insistes, si tu te montres trop pressant avec elles, elles t'enverront leurs gorilles qui te réduiront en poussière, qui te fracasseront la tête contre le portail en fer de leur villa perchée sur les hauteurs de Menton.

Crois-moi, tu n'as rien à gagner dans cette affaire, à part des coups, des plaies béantes, et des futures cicatrices. Et puis, qu'est-ce que tu crois ? On ne rencontre pas des filles riches à chaque coin de rue. Tu ne vas pas en croiser une tous les dix mètres.

- J'irai avenue Montaigne.

- Va avenue Montaigne si ça t'amuse. Tu n'y croiseras pas d'héritières, mais des épouses de millionnaires. Ou alors des héritières ridicules, qui ont hérité de la quincaillerie de leurs parents. Des actrices, des femmes d'affaires, mais aussi des Chinoises venues acheter des sacs Vuitton. Je te vois mal emballer une actrice. Tu n'es pas assez connu, et assez beau. Tu ne parles pas chinois, et les femmes d'affaires te prendront pour un des portiers du Plaza Athénée.

- Les épouses de millionnaires s'ennuient.

Tu n'obtiendrais d'elles que des sommes ridicules, quelques centimes pour t'acheter du pain. (...) Elles t'offriront des pourboires, un repas chez Lipp. Ce n'est pas avec ça que tu t'achèteras une villa à Ibiza.

- Il y a des épouses généreuses.

Elles payeront cher pour que tu leur fasses l'amour de cinq à sept dans un love hotel, mais elles ne te lègueront pas une fortune qu'elles n'ont pas. Elles te traiteront comme un vulgaire gigolo, un gigolo de luxe peut-être, mais un gigolo quand même. Qu'elles sonneront quand elles auront envie d'un cours de gymnastique.

Moi j'ai bien plus à t'offrir qu'un billet de 500 euros. Moi je t'offre un chalet à Courchevel, une maison avec piscine à Cannes, un mas provençal, et une Porsche Carrera turbo avec intérieur cuir et toit ouvrant.

- En effet, c'est tentant. Mais ton père ne veut pas du mariage.

- On pourrait l'assassiner. Il n'aura pas supporté la mort de sa femme écrasée par un poids lourd il y a six mois en traversant le boulevard Suchet, et se sera donné la mort d'un coup de fusil dans la gorge.

 

(Photo)

07:30 Écrit par marronnier dans Fiction, Littérature | Tags : couple, argent, meurtre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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