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18/02/2011

Le room service a baissé

isabelle adjani

Je n'ai pas toujours vendu des sacs en cuir à une clientèle aisée dans un magasin des Champs-Elysées. Avant d'être vendeuse chez Vuitton, j'étais domestique au Carlton. Un palace de Cannes que les cinéphiles connaissent bien et qui affiche complet au mois de mai. J'étais mieux payée qu'une femme de ménage ordinaire. Mais c'était du travail. Il fallait que ça brille. La moindre trace de poussière, la moindre tache suspecte, m'aurait valu un renvoi immédiat. J'aurais eu droit à mon chèque et à un coup de pied au cul. Ils m'auraient virée comme une malpropre, ces sales cons.

Mais j'ai eu une promotion canapé. Je suis devenue femme de chambre, puis gouvernante. J'ai changé l'équipe. J'ai engagé des ménagères de moins de cinquante ans. J'ai viré les bonnes espagnoles, dépassées par les éponges dernier cri, et embauché à la place des Chinoises. (...)

Le travail n'était pas toujours bien fait. Je leur demandais de refaire le lit. De repasser un coup de chiffon dans les coins. Je les giflais quand un tableau n'était pas droit. Quand, sur la glace, il restait une trace de doigt. Une goutte de sperme sur la moquette. Je les enfermais dans le coffre de ma voiture. Vu le prix des chambres, on ne peut pas ne pas vider les cendriers. (...) Et on ne laisse pas des capotes usagées dans la corbeille de la salle de bains. De même, on nettoie la cuvette des wc.

Nous avons reçu Isabelle Adjani pendant le Festival. Elle voulait des tulipes dans sa chambre. Je lui ai dit d'aller se les acheter elle-même, ses tulipes. Elle m'a regardée avec ses yeux bleus.

- Ne me regardez pas comme ça. Voici l'adresse d'un fleuriste à côté de l'hôtel. Il sera flatté de votre visite, il vous offrira peut-être une fleur si vous lui achetez une centaine de roses. Et ne me demandez pas de vous monter une coupe de champagne à quatre heures du matin, la réponse sera non. Vu la conjoncture, nous réduisons nos dépenses. Notre budget "caprices de stars" a été réduit de moitié. Le room service a baissé. La nuit maintenant, c'est service minimum. On peut vous monter une aspirine et un verre d'eau, si vous avez mal à la tête. Mais c'est tout. Le service en chambre reprend à 7h30 avec le petit déjeuner. Baguette, beurre, confitures, café. Pour les croissants, il faut payer un supplément. Pour le champagne, il faut attendre 11 heures. Si vous avez soif en pleine nuit, vous buvez l'eau du robinet. Ou vous piochez dans le mini-bar. Fini la rigolade. La fête est finie. On est entrés dans l'ère de l'eau plate. L'eau gazeuse a remplacé le champagne. Les palaces se serrent la ceinture. Aujourd'hui, la star, elle veut des roses, elle s'achète ses roses. Pas ça qui va la ruiner.

- Mais le prix des chambres n'a pas baissé.

- C'est normal, les lits n'ont pas changé. Bonsoir, madame Adjani.

 

(photo)

Commentaires

Texte agréable à lire, même si je me demande ce qu'on doit comprendre...

Écrit par : Vallenain | 18/02/2011

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