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13/02/2011

Lits jumeaux

couple,sexualité,alain juppé

Ma femme prétend que le sexe est important pour cimenter un couple, pour le faire durer comme une messe de minuit. Je lui ai expliqué qu'au contraire il était une source permanente de conflits, de tensions, et qu'il ne fallait pas qu'elle se fasse d'illusions, que notre vie sexuelle serait par conséquent pauvre, triste, nos rapports rares, que nous n'allions pas gâcher notre vie conjugale avec ces histoires d'orgasme, de bite, d'introductions, que notre couple était au-dessus de ça, qu'il se porterait d'autant mieux que le sexe en serait banni, que nous n'aurions de rapports sexuels que pour nous reproduire, et encore, que le sexe est réservé aux obsédés qui ne peuvent pas s'en passer, que nous serions mieux sans enfants, que les enfants coûtent de l'argent, qu'elle devrait porter les robes de jeune fille de sa mère pour éviter d'en acheter d'autres, que nous dormirions mieux si nous dormions séparément, dans des lits jumeaux, que dorénavant nous ferions chambre à part, que notre couple serait un modèle de vertu, montré en exemple, que si le hasard faisait mal les choses et que nous avions une fille, nous lui interdirions d'avorter si elle venait à tomber enceinte, même si cet enfant était le fruit d'un viol.

- Tu plaisantes ?

- Non. Et ce n'est pas fini.

- J'en ai assez entendu.

- Tu vas m'écouter quand même.

- Non, Charles-Edouard, c'est toi qui vas m'écouter. Je savais que tu avais des principes auxquels tu refuses de déroger, que tu étais issu d'une famille catholique pratiquante, que le sexe n'avait jamais occupé une grande place dans ta vie, et dans ton slip, que tu refusais de faire l'amour le dimanche matin, que tu bénissais le pain avant chaque repas, que si tu ne m'avais pas rencontrée tu serais entré dans les ordres, au séminaire comme François Léotard, que tu avais reçu une éducation religieuse stricte, mais tu pourrais revoir tes principes, revenir sur certaines de tes décisions, évoluer, faire le ménage dans ta tête de catholique borné, tu es fermé comme une huître, rien ni personne ne peut te faire changer d'avis, tes opinions ne fluctuent jamais, tu es droit dans tes bottes comme Alain Juppé, têtu comme une mule, buté comme un âne, intraitable, raide, tu as des oeillères, comme les chevaux, tu fuis le débat contradictoire, avec toi les femmes n'ont pas droit à la parole, tu te crois encore au Moyen-Age, si tu pouvais tu me demanderais de porter le voile, tu m'enfermerais dans un placard à balais, je ne verrais jamais la lumière du jour, tu m'apporterais du pain sec et de l'eau, tu me traiterais comme un otage au Liban, comme une esclave, (...) , tu me réduirais au silence, tu me frapperais à coups de ceinturon, tu me couperais la langue et la tête.

- Oui, et alors ? Je ne vois pas où est le problème.

 

(Photo)

09:00 Écrit par marronnier dans Fiction, Littérature | Tags : couple, sexualité, alain juppé | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

23/01/2011

Si on ne célèbre pas Céline, on célèbre qui ? Hervé Guibert ?

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On n'achète pas un livre parce que c'est un prix Goncourt. On ne commémore pas Céline, on le lit. Et si on célèbre les 50 ans de sa mort, ce n'est pas pour ses opinions politiques, c'est pour son génie littéraire. C'est donc à un débat littéraire, s'il y a débat, que nous sommes conviés, et non à un débat politique. Serge Klarsfeld n'a donc rien à dire, qu'il se taise, il n'a pas voix au chapitre. On peut être contre cette commémoration, mais pour des raisons littéraires. On peut penser que Céline n'est pas un grand écrivain, et donc contester cette commémoration en fonction de critères purement littéraires. C'est un débat entre critiques littéraires. Entre Jean-Louis Ezine (Nouvel Obs) et Arnaud Viviant. Entre Nelly Kapriélian (les Inrocks) et Frédéric Beigbeder. Entre écrivains aussi. Entre Patrick Besson et Philippe Sollers, Christine Angot et Richard Millet,Yann Moix et Olivier Adam. C'est un débat entre spécialistes, ou amateurs éclairés. C'est une querelle d'experts, une prise de tête littéraire, une guerre des mots.

Serge Klarsfeld se trompe d'émission. On n'est pas à L'Heure de vérité, mais à Apostrophes. On n'est pas au Grand Jury RTL-Le Monde, mais au Masque et la Plume. Ce n'est pas François-Henri de Virieu qui pose les questions, mais Bernard Pivot. On parle ici littérature. On reçoit et on célèbre un écrivain. On juge son oeuvre littéraire. Et une oeuvre littéraire ne se juge pas sur des critères moraux ou politiques. Mais sur des critères esthétiques. Il aurait donc fallu consulter des écrivains, des critiques, pas un avocat. Je ne vois vraiment pas ce qu'il vient faire là-dedans, le père Klarsfeld. Moi je suis désolé, mais quand je lis Céline, je ne pense pas aux Juifs. Je lis des phrases qui me plaisent, qui me dégoûtent, qui me pètent à la gueule comme une grenade. Ses phrases me font bander. On reconnaît un bon texte au degré d'excitation qu'il provoque en vous. Les grands romans sont tous des romans érotiques. Je prends un plaisir physique à lire Voyage au bout de la nuit. Mort à crédit. Bagatelles pour un massacre. Quand je lis Marc Dugain, je bande mou.

On peut ne pas aimer le style de Céline. On peut le trouver un peu trop familier. Un peu trop direct. On peut préférer le style plus classique, plus alambiqué de Proust avec ses phrases qui n'en finissent pas. On peut préférer les salons proustiens aux trottoirs céliniens. Le monde de strass et de paillettes de Proust à l'univers puant et crasseux de Céline.

On peut trouver qu'il écrit mal, que c'est un écrivain de seconde zone, de banlieue, qui ne mérite pas de figurer dans la cour des grands.

Parce que c'est ça la question : est-ce un écrivain capital, majeur, majuscule, ou un auteur mineur, minable, minuscule ?

Qu'il soit antisémite est secondaire. On peut être un grand raciste et un grand écrivain. Céline serait le pire des salauds, des dictateurs, que cela n'enlèverait rien à son génie littéraire, à la qualité de ses textes.

Oui, Céline est un pourri, une ordure, un monstre. Mais tous les génies sont des monstres. Alors à ce moment-là, on arrête de célébrer les génies, et on célèbre les nuls. On célèbre Marc Lévy.

 

10/11/2010

Houellebecq, mention bien

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Je vais essayer de vous dire 2-3 trucs sur Houellebecq. Il vient d'avoir le prix Goncourt, du coup tout le monde y va de son petit commentaire, alors que bien souvent ils ne l'ont même pas lu, ils en ont juste entendu parler. Ben moi je l'ai lu, ça me donne déjà une légitimité. J'ai lu son premier roman, son deuxième, son troisième mais je n'ai pas lu La possibilité d'une île (ou juste quelques pages). Je précise aussi que je n'ai pas lu son dernier, le prix Goncourt donc, mais je ne peux pas l'avoir lu puisque je ne l'ai pas acheté (si quelqu'un veut me l'offrir, qu'il ne se gêne pas...).

Sachez tout d'abord que Houellebecq est un meilleur écrivain que Guillaume Musso et Marc Lévy (vous me direz, c'est pas difficile, et vous aurez raison). Mais bon, il y a tellement de cons de personnes qui lisent Marc Lévy et Guillaume Musso que je préfère préciser (il y en a même qui lisent les 2, incroyable !).

Je ne pense pas que ce soit un grand écrivain, ou plutôt, je pense que c'est un grand, mais pas le plus grand. Il ne fait pas partie de mon panthéon des grands écrivains, si vous préférez. Et pourtant, je le trouve très bon (c'est vous dire où je place ceux que je place au-dessus de lui. Très très haut. En fait, ils sont hors concours. Des noms ? Non, pas aujourd'hui. Une autre fois peut-être, si vous êtes sage, et si vous parlez de moi (je veux dire de mon blog) à vos amis... et si vous me caressez dans le sens du poil... sinon vous irez vous faire voir, mes amis...).

Bon, j'en étais où ? Ah oui, Houellebecq. Parlons de son style. C'est à la fois son point fort et son point faible. On dit souvent qu'il n'a pas de style, que ce n'est pas un grand styliste. C'est vrai. Et c'est sans doute ça, son point faible. Pas d'effet de style, comme on dit. Ses phrases sont simples, trop peut-être. Sujet, verbe, complément. On pourrait dire que Houellebecq est un bon élève, appliqué. Qui connaît bien la grammaire. En ce qui le concerne, on pourrait parler d'un style administratif. D'une forme plate. Comme le titre de son 3e roman (Plateforme).

Et en même temps, cette absence de style, c'est ce qui fait sa force. C'est sa marque de fabrique. Il est le seul à écrire comme il écrit. Il donne l'impression d'écrire comme tout le monde, que ma concierge pourrait en faire autant, alors qu'en fait c'est beaucoup de travail. Ses phrases simples sont très travaillées. Ben oui. C'est connu. C'est difficile de faire simple, et facile de faire compliqué.

Parlons un peu du fond, aussi, si vous le voulez bien (seulement un peu, hein, on n'est pas sur France Culture, et je ne suis pas Jean-Louis Ezine (pour les ignares, sachez que M. Ezine est critique littéraire sur France Culture et au Masque et la Plume...)). Je dirais juste que selon moi Houellebecq est un écrivain du contenu. Je veux dire que ses livres sont assez érudits, il aborde des tas de sujets de société, il parle de sexe et de science (dans Les Particules élémentaires), de tourisme et de religion (dans Plateforme), du monde du travail (dans Plateforme il fait une description de 2 pages du groupe Aurore), il parle du monde actuel, à la manière d'un journaliste. Son écriture blanche, un peu distanciée, se prête très bien au mode journalistique, aux comptes-rendus. Ses romans ressemblent à des rapports de police, ou à des articles de presse. J'avais entendu une fois au Masque et la Plume (oui, c'est une émission qu'il m'arrive d'écouter, de la radio "intelligente" de temps en temps, ça fait pas de mal, ça me change de RMC), j'avais entendu qu'il faisait de "la sociologie avec la littérature". J'avais trouvé ça très juste. Voilà, Houellebecq, c'est un sociologue, limite un intellectuel (pas étonnant qu'il ait écrit un livre d'entretiens avec BHL). Il donne son avis, il émet des jugements. Jean d'Ormesson dit que c'est "un moraliste".

Il est aussi plus romantique qu'on ne le pense. Eh oui, il sait être cruel, méchant, implacable, mais il est aussi très romantique. Il y a du sexe, dans ses romans, mais aussi des histoires d'amour. Celle dans Plateforme entre Valérie et Michel est très belle, ils sont vraiment amoureux, il y a une pureté des sentiments.

Un truc encore que je veux dire. Ses livres sont très drôles. D'un bout à l'autre. Pratiquement, toutes ses phrases sont drôles (même quand il décrit un paysage, il est drôle ; ce qui est drôle, c'est sa manière clinique de décrire les choses, sa vision froide du monde, son style neutre). C'est un des rares et des seuls écrivains que quand tu le lis tu ris obligatoirement.

Pour vous donner une idée de l'humour houellebecquien, voici un passage à mourir de rire (dans Plateforme, son meilleur livre) :

"L'homme ressemblait un peu à Antoine Waechter jeune, si la chose est imaginable ; mais en plus châtain, et avec une barbe bien taillée ; finalement il ne ressemblait pas tellement à Antoine Waechter mais plutôt à Robin des Bois, avec cependant quelque chose de suisse, ou pour mieux dire de jurassien. Pour tout dire il ne ressemblait pas à grand-chose, mais il avait vraiment l'air d'un con."

Je ne connais pas beaucoup d'écrivains capables d'écrire des trucs aussi drôles. Houellebecq est le mec le plus drôle que je connaisse (c'est autrement plus drôle en tout cas que Stéphane Guillon, mais c'est normal, puisque Guillon n'est pas drôle).

Autre extrait (dans La possibilité d'une île) :

"...comme chaque matin une queue s'était formée pour les oeufs brouillés, dont les estivants semblaient particulièrement friands. A côté de moi, une vieille Anglaise (sèche, méchante, du genre à dépecer des renards pour décorer son living-room), qui s'était déjà largement servie d'oeufs, rafla sans hésiter les trois dernières saucisses garnissant le plat de métal. Il était onze heures moins cinq, c'était la fin du service du petit déjeuner, il paraissait impensable que le serveur apporte de nouvelles saucisses. L'Allemand qui faisait la queue derrière elle se figea sur place ; sa fourchette déjà tendue vers une saucisse s'immobilisa à mi-hauteur, le rouge de l'indignation emplit son visage. C'était un Allemand énorme, un colosse, plus de deux mètres, au moins cent cinquante kilos. J'ai cru un instant qu'il allait planter sa fourchette dans les yeux de l'octogénaire, ou la serrer par le cou et lui écraser la tête sur le distributeur de plats chauds."

Vous ne pouvez pas savoir le plaisir que j'ai eu à recopier ces deux extraits. Et pourtant ils sont longs. Je suis pas sûr que j'aurais pris autant de plaisir à recopier du Paulo Coelho ou du Umberto Eco.

Encore une remarque sur Houellebecq. J'aime bien sa tête. Son air chafouin. Il a le physique de l'emploi. Pour être un grand écrivain, il faut être moche (écrivain et beau, ça va pas bien ensemble ; je ne crois pas beaucoup au concept de l'écrivain-mannequin ; je trouve suspect par exemple un type comme Nicolas Fargues ; trop beau pour être un vrai).

Lisez-le donc (je parle de Houellebecq), mais écoutez aussi ses interviews. Il a une voix très douce, très apaisante. Il est très zen. Modiano aussi, dans le genre, est très agréable à écouter. Mais lui il ne finit jamais ses phrases... J'adore !

Allez, une dernière petite remarque sur Houellebecq, avant de vous laisser à vos tristes occupations : j'adore la façon dont il tient ses cigarettes...