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03/03/2012

Eric Laurrent

Elle sourit, lui aussi. Station balnéaire. Cabourg, Deauville, Carnac. En tout cas il y a la mer, et les mouettes dans le ciel est jaune. Un autocollant. Sièges en gros cuir, tableau de bord en bois. Deux cadavres dans le coffre un revolver à gants. Grand sourire. en arrière-plan. Anglais vacances. Pigalle. Un bar. Un bar enfumé, comme la plupart des bars. Un comptoir, avec des types accoudés au comptoir. A l'étage, un type en costume-cravate. Un type en costume-cravate, derrière un bureau. Sûrement le patron du bar, ou le gérant. Il y avait un pistolet dans le tiroir du bureau, un pistolet chargé, avec des balles dans le chargeur. En bas, un air de jazz, un vieux disque, et la fumée des cigarettes. Les tables vides. Les tables vides, sauf une, où un homme au chômage à moitié saoul se disait qu'il aurait mieux valu, qu'à bien y réfléchir, il aurait mieux valu une avocate ou plutôt que cette caissière, une autre table, où une prof, Mais c'est que, nous le savons bien, de tout ce qui pourrait, autrement dit, attendu que

et, partant,

un terrain où bâtir une maison qui pousserait comme une plante et ferait à son tour un enfant qui se donnerait la mort le jour où il apprendrait que sa fiancée feraient des feux dans la cheminée et des gâteaux dans la cuisine un sapin et des cadeaux des oeufs dans le jardin en mai juillet le tour de France en regardant

 

08:00 Écrit par marronnier dans Fiction, Société | Tags : biscuits, car | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

04/11/2011

Il y a trop de femmes dans les tours

france info,france inter,europe 1,féminisme

Il serait temps qu'elles laissent leur place aux hommes, qu'elles leur ont dérobé et qu'elles doivent maintenant leur rendre sans protester comme on rend une voiture volée à son propriétaire. Qu'elles comprennent que leur présence n'est pas indispensable dans les salles de rédaction. (...)

Elles sont la honte de la profession. Elles sont prêtes à tout pour un scoop. Elles coucheraient avec un vampire, pour un entretien avec un vampire. (...) Rien ne les détournera de leur objectif, qui est d'envahir les salles de rédaction, et de mettre la main sur l'actualité. Elles ne laisseront personne annoncer les mauvaises nouvelles à leur place. Elles ont déjà fait main basse sur la matinale de France info le week-end. Une a même l'audace de présenter la revue de presse dominicale. Si on ne fait rien, dans trente ans, elles auront trusté tous les postes. Il ne restera plus un homme dans les couloirs de France inter, et Europe 1 sera un nid à gonzesses. (...)

21/10/2011

Il vous reste une rousse en magasin ?

jolie femme rousse yeux verts mode paris street style 1723.jpg

J'ai toujours rêvé d'épouser une vraie rousse. Avec des taches de rousseur, les cheveux roux, et une peau blanche. Très blanche. Je pourrais coucher avec elle plusieurs fois par jour.

- Et par nuit.

Je me contente d'une fausse blonde avec une peau blanche mais une toison noire. Ni taches de rousseur sur le visage, ni sur les bras, et si elle n'allait pas chez le coiffeur, elle serait châtain clair. Elle a les yeux noisette, ce qui pour une blonde est la pire chose qui puisse arriver. Les yeux noirs, c'est encore pire, mais c'est extrêmement rare. On rencontre aussi peu de blondes aux yeux noirs, que de brunes aux yeux violets. Alors que les blondes aux yeux noisette sont légion. On en rencontre un peu partout. Sur les boulevards, dans les cafés, les files d'attente des cinémas, aux caisses des supermarchés, à la sortie des usines, des écoles, dans les agences de voyage, dans les campings. On peut même en croiser sur l'autoroute. Il n'empêche, il y en a moins que de blondes aux yeux bleus. Il y a des millions de blondes aux yeux bleus sur cette planète qui part en vrille, et moi il a fallu que je complique les choses en allant chercher une blonde aux yeux noisette. Non seulement je n'ai pas eu de rousse, mais j'ai été incapable d'avoir une blonde aux yeux bleus.

Elles sont pourtant majoritaires, les salopes, et pas seulement aux Pays-Bas. Comme si les yeux marron étaient un défaut de fabrication. Comme si on mettait des yeux marron quand il ne reste plus assez d'yeux bleus en stock.

- On ne les a plus en bleu, mais il nous en reste en marron.

Les blondes aux yeux marron seraient des blondes au rabais. Un produit soldé, bradé, liquidé avant fermeture du magasin. On a du mal à les vendre. Dans les ventes, les enchères ne décollent pas, pour une blonde aux yeux marron, alors que pour une aux yeux bleus, les prix flambent. Ce n'est pas la rareté qui fait son prix. Mais un saphir aura toujours plus de valeur qu'un marron, ou une noisette.

Contrairement aux blondes merdiques, les rousses n'ont pas de prix. Si j'en avais épousé une, aujourd'hui je serais riche. Une rousse a la même valeur qu'une toile de maître. Un Degas ou un Rembrandt. Une belle rousse vaut même plus cher. En cas de divorce, j'aurais pu la revendre à un collectionneur au prix fort. Même une blonde aux yeux bleus, j'aurais pu en tirer un bon prix. Mais une blonde aux yeux noisette ne vaut pas un clou. Au prix où est le kilo de noisettes, et en admettant que chaque oeil pèse 500 grammes, j'en tirerais trois euros, quatre au maximum. Et si on fait le calcul au prix du marron, ce n'est guère mieux.

- Ma femme est invendable.

A part ses charmes, et sa peau blanche, qui a une certaine valeur à une époque où les peaux foncées envahissent les écrans, je ne vois pas ce qu'elle pourrait vendre. J'espère quand même pouvoir la refourguer à un amateur de gros seins. Avec l'argent, plus le crédit contracté à la banque, je n'arriverai même pas à m'acheter une rousse. En tout cas pas une rousse avec des taches de rousseur et des yeux verts ou bleus. A la limite, une rousse aux yeux marron, avec airbag en option. Ou une rousse d'occasion, qui a déjà beaucoup servi.

Je vais procéder par étapes. Je vais d'abord acquérir une blonde aux yeux bleus avec la vente de ma femme et le crédit de la banque. Et si un jour je fais fortune, j'achèterai Susan Sarandon ou Rita Hayworth si elle n'est pas morte. Ensuite je l'échangerai contre Sandrine Kiberlain.

Sinon j'irai dans une agence de comédiens, et je choisirai une figurante rousse sur photo.

 

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08:00 Écrit par marronnier dans Fiction, Littérature | Tags : rousse, couple, susan sarandon | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

30/09/2011

Il va falloir revoir votre copie, M. Baron

plagiat

Je suis journaliste et écrivain depuis vingt-cinq ans, et je n'ai pas écrit une ligne de mes articles et de mes romans. Je préfère piocher dans les textes des autres, c'est moins fatigant. Je reprends des paragraphes entiers d'articles de confrères que je n'ai jamais vus, ou que je connais très bien. J'évite de reprendre un article trop récent. Et, sauf exception, je ne recopie jamais un papier de mon journal. Ou alors je change le titre, la photo, et le nombre de colonnes. La plupart du temps, ils ne s'aperçoivent de rien. Quand ils découvrent la supercherie, ils téléphonent pour avoir une explication. Je leur dis qu'il doit s'agir d'une erreur, ou d'une simple coïncidence. Nous avons écrit le même édito sans le vouloir. Nous avons eu les mêmes idées, et nous les avons exprimées avec les mêmes mots. Les grands esprits se rencontrent. Ou alors c'est un phénomène surnaturel. J'ai été victime d'une transmission de pensée. Vous m'avez transmis votre pensée comme un virus.

Quand ils ne me croient pas, je leur fais livrer une pizza pour m'excuser. Si c'est une femme, une boîte de chocolats. Certains refusent mes cadeaux, et envoient une lettre de protestation à mon patron. Il ne doit pas les lire, car il ne m'a jamais fait la moindre remarque.

Pour mes romans, je choisis des écrivains morts qui ne peuvent pas m'attaquer pour plagiat. Les phrases de mon dernier roman sont de Proust et Mallarmé. Le dernier chapitre est de François Mauriac, et la première phrase est un vers de Lamartine. Un autre de mes romans a été entièrement écrit par Hervé Bazin. Il est mort pendant la rédaction du livre. Pour donner du relief au récit, entre deux chapitres de Vipère au poing, j'ai intercalé des phrases de Marguerite Duras tirées de Hiroshima mon amour, et des passages de Bonjour tristesse de Françoise Sagan. Le texte n'est pas très fluide, il provoque des maux de tête et des douleurs au ventre comme un plat trop lourd. Mais les critiques aiment les textes difficiles. Ils préfèrent les histoires complexes auxquelles on ne comprend rien, aux histoires simples cousues de fil blanc.

Des journalistes perspicaces ont trouvé des points communs avec le roman d'Hervé Bazin. Certains ont même parlé de plagiat. D'autres ont comparé mon écriture à celle de Marguerite Duras. On a parlé de moi comme le nouveau Claude Simon. Ou la nouvelle Sagan.

J'ai expliqué que sans moi le roman serait tombé dans l'oubli. Que plus personne ne le lisait, et que j'avais réussi à le remettre au goût du jour. On ne peut pas me reprocher d'avoir modernisé un roman qui était en train de pourrir au fond d'une malle et qui prenait la poussière sur les rayons des bibliothèques.

- Je l'ai dépoussiéré.

J'ai plaidé l'écriture inconsciente, automatique. Comme si le texte que j'avais lu adolescent était resté imprimé dans ma mémoire et que je l'avais recraché in extenso sans m'en apercevoir. Mais on ne m'a pas cru. Alors j'ai changé de stratégie de défense. J'ai parlé d'un exercice de style, d'un roman expérimental. D'un procédé littéraire très connu au Japon.

J'ai toujours triché. Bébé, je faisais croire à ma mère que c'est moi qui criais, alors que c'était le chien du voisin. Au bac j'ai eu une très bonne note en philo, mais le sujet avait déjà été proposé l'année précédente dans une autre académie, et j'avais les annales du bac avec les sujets corrigés sur la table. Le surveillant était sourd et aveugle, et l'autre passait son temps à regarder par la fenêtre. Je ne suis pas l'auteur de mes lettres, ni de mes cartes postales. Je copie sur mes voisins de table, de sable, ou sur mes amis en vacances avec moi au Club Med. Ou je recopie celles que j'ai reçues.

Je procède avec mes lettres d'amour comme avec mes romans. Je pille la correspondance des grands écrivains. Les lettres envoyées à ma femme au début de notre idylle sont celles de George Sand à Alfred de Musset. Je lui ai aussi envoyé des lettres de Balzac à Madame Hanska. Même des lettres de mon père à ma mère, même si elles sont moins bien écrites. A mes amis, j'envoie des lettres de Voltaire, de Flaubert, de Diderot. A ma maîtresse, des vers de Racine et de Molière. Elle est infirmière, elle connaît mal ses classiques, et me prend pour un poète.

J'ai toujours prétendu que j'avais inventé la recette de la tarte aux kiwis que je prépare le dimanche, alors que je l'ai lue dans un livre de cuisine.

Quand j'ai vendu ma télé sur eBay, j'ai recopié l'annonce d'un type qui vendait la même. Le message de mon répondeur n'est pas de moi. Si vous appeliez le portable de mon avocat, vous entendriez le même. Ma phrase de présentation sur un site de rencontres, est une phrase tirée au hasard dans un roman de Modiano. Même mon CV, ce n'est pas moi qui l'ai écrit. Je ne suis pas né en 1950 à Levallois, et je n'ai jamais fait le CFJ.

- J'ai copié le CV d'un journaliste du Nouvel Obs.

Et j'ai bien fait, car ce n'est pas avec mon CAP de charcutier, que j'aurais décroché un stage à France-Soir.

 

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