Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

23/01/2011

Si on ne célèbre pas Céline, on célèbre qui ? Hervé Guibert ?

céline.jpg

On n'achète pas un livre parce que c'est un prix Goncourt. On ne commémore pas Céline, on le lit. Et si on célèbre les 50 ans de sa mort, ce n'est pas pour ses opinions politiques, c'est pour son génie littéraire. C'est donc à un débat littéraire, s'il y a débat, que nous sommes conviés, et non à un débat politique. Serge Klarsfeld n'a donc rien à dire, qu'il se taise, il n'a pas voix au chapitre. On peut être contre cette commémoration, mais pour des raisons littéraires. On peut penser que Céline n'est pas un grand écrivain, et donc contester cette commémoration en fonction de critères purement littéraires. C'est un débat entre critiques littéraires. Entre Jean-Louis Ezine (Nouvel Obs) et Arnaud Viviant. Entre Nelly Kapriélian (les Inrocks) et Frédéric Beigbeder. Entre écrivains aussi. Entre Patrick Besson et Philippe Sollers, Christine Angot et Richard Millet,Yann Moix et Olivier Adam. C'est un débat entre spécialistes, ou amateurs éclairés. C'est une querelle d'experts, une prise de tête littéraire, une guerre des mots.

Serge Klarsfeld se trompe d'émission. On n'est pas à L'Heure de vérité, mais à Apostrophes. On n'est pas au Grand Jury RTL-Le Monde, mais au Masque et la Plume. Ce n'est pas François-Henri de Virieu qui pose les questions, mais Bernard Pivot. On parle ici littérature. On reçoit et on célèbre un écrivain. On juge son oeuvre littéraire. Et une oeuvre littéraire ne se juge pas sur des critères moraux ou politiques. Mais sur des critères esthétiques. Il aurait donc fallu consulter des écrivains, des critiques, pas un avocat. Je ne vois vraiment pas ce qu'il vient faire là-dedans, le père Klarsfeld. Moi je suis désolé, mais quand je lis Céline, je ne pense pas aux Juifs. Je lis des phrases qui me plaisent, qui me dégoûtent, qui me pètent à la gueule comme une grenade. Ses phrases me font bander. On reconnaît un bon texte au degré d'excitation qu'il provoque en vous. Les grands romans sont tous des romans érotiques. Je prends un plaisir physique à lire Voyage au bout de la nuit. Mort à crédit. Bagatelles pour un massacre. Quand je lis Marc Dugain, je bande mou.

On peut ne pas aimer le style de Céline. On peut le trouver un peu trop familier. Un peu trop direct. On peut préférer le style plus classique, plus alambiqué de Proust avec ses phrases qui n'en finissent pas. On peut préférer les salons proustiens aux trottoirs céliniens. Le monde de strass et de paillettes de Proust à l'univers puant et crasseux de Céline.

On peut trouver qu'il écrit mal, que c'est un écrivain de seconde zone, de banlieue, qui ne mérite pas de figurer dans la cour des grands.

Parce que c'est ça la question : est-ce un écrivain capital, majeur, majuscule, ou un auteur mineur, minable, minuscule ?

Qu'il soit antisémite est secondaire. On peut être un grand raciste et un grand écrivain. Céline serait le pire des salauds, des dictateurs, que cela n'enlèverait rien à son génie littéraire, à la qualité de ses textes.

Oui, Céline est un pourri, une ordure, un monstre. Mais tous les génies sont des monstres. Alors à ce moment-là, on arrête de célébrer les génies, et on célèbre les nuls. On célèbre Marc Lévy.