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30/09/2011

Il va falloir revoir votre copie, M. Baron

plagiat

Je suis journaliste et écrivain depuis vingt-cinq ans, et je n'ai pas écrit une ligne de mes articles et de mes romans. Je préfère piocher dans les textes des autres, c'est moins fatigant. Je reprends des paragraphes entiers d'articles de confrères que je n'ai jamais vus, ou que je connais très bien. J'évite de reprendre un article trop récent. Et, sauf exception, je ne recopie jamais un papier de mon journal. Ou alors je change le titre, la photo, et le nombre de colonnes. La plupart du temps, ils ne s'aperçoivent de rien. Quand ils découvrent la supercherie, ils téléphonent pour avoir une explication. Je leur dis qu'il doit s'agir d'une erreur, ou d'une simple coïncidence. Nous avons écrit le même édito sans le vouloir. Nous avons eu les mêmes idées, et nous les avons exprimées avec les mêmes mots. Les grands esprits se rencontrent. Ou alors c'est un phénomène surnaturel. J'ai été victime d'une transmission de pensée. Vous m'avez transmis votre pensée comme un virus.

Quand ils ne me croient pas, je leur fais livrer une pizza pour m'excuser. Si c'est une femme, une boîte de chocolats. Certains refusent mes cadeaux, et envoient une lettre de protestation à mon patron. Il ne doit pas les lire, car il ne m'a jamais fait la moindre remarque.

Pour mes romans, je choisis des écrivains morts qui ne peuvent pas m'attaquer pour plagiat. Les phrases de mon dernier roman sont de Proust et Mallarmé. Le dernier chapitre est de François Mauriac, et la première phrase est un vers de Lamartine. Un autre de mes romans a été entièrement écrit par Hervé Bazin. Il est mort pendant la rédaction du livre. Pour donner du relief au récit, entre deux chapitres de Vipère au poing, j'ai intercalé des phrases de Marguerite Duras tirées de Hiroshima mon amour, et des passages de Bonjour tristesse de Françoise Sagan. Le texte n'est pas très fluide, il provoque des maux de tête et des douleurs au ventre comme un plat trop lourd. Mais les critiques aiment les textes difficiles. Ils préfèrent les histoires complexes auxquelles on ne comprend rien, aux histoires simples cousues de fil blanc.

Des journalistes perspicaces ont trouvé des points communs avec le roman d'Hervé Bazin. Certains ont même parlé de plagiat. D'autres ont comparé mon écriture à celle de Marguerite Duras. On a parlé de moi comme le nouveau Claude Simon. Ou la nouvelle Sagan.

J'ai expliqué que sans moi le roman serait tombé dans l'oubli. Que plus personne ne le lisait, et que j'avais réussi à le remettre au goût du jour. On ne peut pas me reprocher d'avoir modernisé un roman qui était en train de pourrir au fond d'une malle et qui prenait la poussière sur les rayons des bibliothèques.

- Je l'ai dépoussiéré.

J'ai plaidé l'écriture inconsciente, automatique. Comme si le texte que j'avais lu adolescent était resté imprimé dans ma mémoire et que je l'avais recraché in extenso sans m'en apercevoir. Mais on ne m'a pas cru. Alors j'ai changé de stratégie de défense. J'ai parlé d'un exercice de style, d'un roman expérimental. D'un procédé littéraire très connu au Japon.

J'ai toujours triché. Bébé, je faisais croire à ma mère que c'est moi qui criais, alors que c'était le chien du voisin. Au bac j'ai eu une très bonne note en philo, mais le sujet avait déjà été proposé l'année précédente dans une autre académie, et j'avais les annales du bac avec les sujets corrigés sur la table. Le surveillant était sourd et aveugle, et l'autre passait son temps à regarder par la fenêtre. Je ne suis pas l'auteur de mes lettres, ni de mes cartes postales. Je copie sur mes voisins de table, de sable, ou sur mes amis en vacances avec moi au Club Med. Ou je recopie celles que j'ai reçues.

Je procède avec mes lettres d'amour comme avec mes romans. Je pille la correspondance des grands écrivains. Les lettres envoyées à ma femme au début de notre idylle sont celles de George Sand à Alfred de Musset. Je lui ai aussi envoyé des lettres de Balzac à Madame Hanska. Même des lettres de mon père à ma mère, même si elles sont moins bien écrites. A mes amis, j'envoie des lettres de Voltaire, de Flaubert, de Diderot. A ma maîtresse, des vers de Racine et de Molière. Elle est infirmière, elle connaît mal ses classiques, et me prend pour un poète.

J'ai toujours prétendu que j'avais inventé la recette de la tarte aux kiwis que je prépare le dimanche, alors que je l'ai lue dans un livre de cuisine.

Quand j'ai vendu ma télé sur eBay, j'ai recopié l'annonce d'un type qui vendait la même. Le message de mon répondeur n'est pas de moi. Si vous appeliez le portable de mon avocat, vous entendriez le même. Ma phrase de présentation sur un site de rencontres, est une phrase tirée au hasard dans un roman de Modiano. Même mon CV, ce n'est pas moi qui l'ai écrit. Je ne suis pas né en 1950 à Levallois, et je n'ai jamais fait le CFJ.

- J'ai copié le CV d'un journaliste du Nouvel Obs.

Et j'ai bien fait, car ce n'est pas avec mon CAP de charcutier, que j'aurais décroché un stage à France-Soir.

 

(photo)

07/01/2011

Au coeur du mensonge de PPDA

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L'affaire PPDA nous plonge au coeur du mensonge. Dans les eaux troubles et marécageuses du milieu littéraire. Dans les caves humides et sombres des maisons d'édition. Dans les coulisses du monde secret de l'édition.

Il y a l'affaire du plagiat dont tout le monde parle. Je ne vais pas revenir dessus. Pour écrire sa biographie sur Hemingway, PPDA s'est fortement inspiré d'une autre biographie. C'est l'Express.fr qui a fait péter l'information qui éclabousse aujourd'hui le père Patrick et l'éditeur Arthaud. Et le plagiat n'est pas mince, puisqu'il porte sur une centaine de pages. Le titre de la biographie étant "La vie jusqu'à l'excès", on pourrait dire que PPDA a plagié jusqu'à l'excès. La ficelle était donc grosse, mais l'ouvrage plagié est aujourd'hui épuisé, et l'auteur est mort. Pratique quand on ne veut pas se faire piquer.

Il y a aussi l'affaire du nègre, dont on parle moins. Là il n'y a pas de preuves, mais il se murmure que PPDA aurait pris un nègre. Et c'est là que ça se corse. Ce ne serait pas PPDA l'auteur du livre, et donc du plagiat, mais son nègre. Ce qui ne le dédouane en rien, mais au contraire aggrave son cas. Car le pire n'est pas de piller sans vergogne un autre livre. Le pire c'est de laisser un nègre le faire à sa place. Parce qu'alors, il ne triche plus seulement sur 100 pages, mais sur toute la ligne. Sur tout le livre ! Si le plagiat porte sur un tiers du livre, il en a écrit les deux tiers. Mais s'il a pris un nègre, il n'a rien écrit du tout !

Le pire c'est le double mensonge : "J'ai passé un an et demi à écrire ce livre et trouve très désobligeant ce soupçon de plagiat." Le pire c'est qu'il n'est même pas l'auteur du plagiat, il n'est l'auteur de rien.

Il signe en gros caractères jaunes un livre écrit par un autre et qu'il n'a peut-être même pas pris la peine de lire. Si ça se trouve, il n'a même pas lu le titre.

Plagiat, nègre, cette affaire jette une lumière sur les pratiques douteuses du monde pourri de l'édition. Et elle montre bien le vrai visage de PPDA.

Pourquoi avoir "écrit" ce livre ? Pour l'argent ? Pour la gloire ? Ces types n'en ont jamais assez. Le journal de 20h ne lui suffisait pas. Il fallait en plus qu'il présente une émission littéraire, et qu'il écrive des livres. Journaliste, critique littéraire, et écrivain. Rien que ça. Et puis attention, pas n'importe quel écrivain. C'est que monsieur visait le Goncourt. La société marche sur la tête, les prix littéraires sont truqués, mais pas au point de lui avoir décerné le Goncourt. Pourtant à force de copinages et de trucages il a réussi à décrocher une fois l'Interallié.

Ce type est un truqueur professionnel. Il n'a pas seulement truqué l'interview de Fidel Castro. Il est allé jusqu'à truquer son nom. Il ne s'appelle pas Patrick Poivre d'Arvor. Il s'appelle Patrick Poivre. D'Arvor a été rajouté à Poivre comme d'Estaing à Giscard. Patrick Poivre d'Arvor, mon cul, comme dirait Zazie. Il n'est pas plus aristocrate que Patrick Sabatier. Et il n'y a pas plus de d'Arvor que de beurre en branche.

Chacun son métier. Qu'il se contente de faire le sien, au lieu de se prendre pour Houellebecq. Est-ce que Houellebecq présente le journal de 20h ? Tout le monde rigolerait. Le problème c'est que personne ne rigole quand Poivre d'Arvor publie un roman. Pourtant il n'est pas plus légitime à publier un roman que Houellebecq à présenter le 20h. Qu'il arrête de marcher sur les plates-bandes de Christine Angot. Et qu'il arrête de flouer le lecteur en publiant de faux livres.

 

17:55 Écrit par marronnier dans Livres, Médias | Tags : ppda, hemingway, plagiat | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |